Dans le cadre de sa grande enquête réalisée fin 2025 et début 2026, Medicalis a posé une question ouverte aux participants: «Si vous pouviez changer immédiatement une chose dans le système de santé, laquelle?» Près de 470 soignants romands y ont répondu et leurs réponses cartographient précisément leurs attentes. Analyse d’une parole brute, classée par thèmes. 

Aux questions fermées, on répond par des cases, par un oui ou par un non. Rien de tel dans cette section de la grande enquête que Medicalis a menée fin 2025 et début 2026 auprès de quelque mille professionnels de la santé, dont 937 en Suisse romande. Près de la moitié de ces derniers (469) ont saisi l’occasion d’exprimer des considérations personnelles. Et c’est leur nombre qui fait leur poids: adossée à un échantillon aussi large, la hiérarchie qui s’en dégage peut être tenue pour fiable. De cette parole spontanée émerge un ordre net, décrypté ici thème par thème*. 

Des bras, d’abord 

Trois préoccupations dominent, dans un mouchoir de poche: le manque d’effectifs arrive en tête, les conditions de travail et le temps suivent immédiatement, présents chacun dans un cinquième à un quart des réponses. «Plus de soignants dans une équipe! Trop lourd physiquement, besoin d’aide», écrit l’un. «Le salaire et plus de personnel. Les conditions de travail sont abominables», tranche un autre. La fatigue, la charge, le temps qui manque pour bien faire: le socle des doléances tient en quelques mots, et il est d’abord humain. 

Le salaire, jamais seul 

Le salaire? Il pèse lourd, cité dans près d’une réponse sur cinq. Mais il voyage presque toujours accompagné. «Avoir plus de reconnaissance et être payé correctement.» «Reconnaissance, salaire.» Dans la bouche des soignants, l’argent ne se détache pas de l’estime: la reconnaissance et le respect reviennent dans une réponse sur sept. On retrouve là, mot pour mot, le paradoxe relevé dans les questions fermées de l’enquête: le salaire compte, mais, ce qui le rend supportable ou non, c’est le regard porté sur le métier. 

Le patient, même quand ils parlent d’eux 

Plus révélateur encore: invités à dire ce qu’ils changeraient pour eux-mêmes, nombre de soignants parlent encore des autres. Près d’un sur cinq évoque le patient, la qualité ou l’accès aux soins. «Plus de temps pour la prise en charge.» «L’accessibilité aux soins pour tous: tout le monde devrait pouvoir se soigner sans regarder à la dépense.» «Davantage de prise en compte de la parole des bénéficiaires.» La vocation, déjà première motivation citée par ailleurs, résiste jusque dans l’expression de leurs propres griefs. 

Le grand absent: la technologie 

Et le numérique, l’intelligence artificielle, ces outils censés sauver le secteur? Presque rien. A peine une réponse sur cinquante les mentionne. Laissés libres de réclamer tout ce que bon leur semble, les soignants ne demandent ni logiciel ni algorithme: ils demandent des collègues, du temps, de la considération. Le signal recoupe celui qu’ils envoyaient déjà sur le numérique: la technologie, oui, mais comme un moyen, jamais comme la réponse qu’ils attendent. 

Directeur général de Medicalis, David Paulou y lit une feuille de route. «Quand on laisse la parole entièrement libre, la vérité du terrain remonte. Ces soignants ne réclament pas une révolution technologique, ils réclament les conditions d’exercer correctement leur métier. L’attractivité de la branche se joue précisément là, et c’est là que nous devons porter l’effort.» 

* Les 469 réponses libres ont été regroupées par thèmes; une même réponse pouvant en aborder plusieurs, les proportions se recoupent.